PRESSE MALIENNE : CEREMONIE DE PRESTATION DES VOEUX DE NOUVEL AN 2016

Source
BEN URD
Date
9 janvier 2016

Vœux de l’Honorable Soumaïla CISSÉ, Président de l’URD à la Presse Nationale
et Internationale le 09 janvier 2016
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Monsieur le Président de la Maison de la Presse,

Mesdames et Messieurs de la presse et des médias,

Chers Invités

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous retrouver ici dans le temple de la liberté de la
presse pour cette cérémonie traditionnelle de présentation de Vœux à la
presse.
Je voudrais particulièrement saluer la présence parmi nous des chefs des
partis politiques, d’éminentes personnalités de la société civile et de tous
nos invités.
Je vous remercie très sincèrement pour les Vœux adressés à ma famille, à mes
collaborateurs et à moi- même à l’occasion du Nouvel An 2016.
En vous rencontrant, ici, je voudrais rendre hommage à la presse : la presse
dans son ensemble, dans sa multitude et sa diversité.
En retour, je voudrais présenter, au nom de l’URD et en mon nom propre, mes
vœux de Santé, de Bonheur, de Prospérité et de plein succès aux professionnels
des médias que vous êtes, à vos familles, à vos partenaires ainsi qu’à vos
auditeurs, lecteurs et téléspectateurs.
Je formule également des vœux très ardents pour toutes les populations de
notre pays et leur souhaite une année de stabilité, de paix, de concorde et de
prospérité.
Vous ! Hommes et femmes de médias, je tiens à vous féliciter pour votre «
surveillance » de la gestion des affaires publiques. Vos dénonciations des
maux et intrigues, vos révélations des « choses de la nuit » constituent un
apport inestimable en vue de ma quête de la bonne gouvernance et de la gestion
saine des deniers publics.
Nous tournons la page d’une année noire, particulièrement éprouvante pour vous
de la presse et des médias. 2015 a commencé avec le terrible et sanguinaire
attentat contre le journal « Charlie Hebdo » le 13 janvier 2015. L’attaque d’un
symbole aussi fort de la démocratie et de la liberté que représente la presse
n’était point fortuite et présageait de la suite tout aussi horrible et
sanglante avec les massacres du 13 novembre 2015 à Paris et du 20 novembre
2015 à Bamako dont le triste bilan macabre fut respectivement de 130 morts et
22 innocents tués et de nombreux blessés, enfin dans la nuit du 17 au 18
décembre 2015 à Tombouctou avec l’assassinat odieux et lâche de trois jeunes
dont l’animateur et Directeur des programmes d’une radio privée. Le bilan
lourd présenté par Reporters Sans Frontières fait état de 110 journalistes
tués ou décédés de mort suspecte durant 2015. C’est triste et inadmissible !
Aucun démocrate, épris de paix et de justice, ne doit rester simple spectateur
face à une situation aussi préoccupante qu’intolérable.
C’est pourquoi je partage entièrement la proposition pertinente de Christophe
Deloire de Reporters Sans Frontières, je cite :  » Il est impératif de mettre
en place un mécanisme concret pour l’application du droit international sur la
protection des journalistes. Aujourd’hui, des groupes non étatiques perpètrent
des exactions ciblées contre les journalistes, tandis que de trop nombreux
États ne respectent pas leurs obligations. Les 110 reporters tués cette année
doivent générer des réactions à hauteur de l’urgence : un représentant spécial
pour la protection des journalistes auprès du secrétaire général des Nations
Unies doit être nommé sans tarder. Fin de citation.
Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, à son tour, s’est indigné
de cette situation en ces termes, je cite : « je suis profondément inquiet par
l’incapacité à réduire la fréquence et l’ampleur des violences ciblées
auxquelles sont confrontées les journalistes et l’impunité presque absolue
pour de tels crimes. Fin de citation.
Je tiens à vous rappeler que l’URD est disposée à approfondir et à appliquer
toutes les initiatives visant à protéger les journalistes contre ces exactions
indignes de notre époque.
Aux familles des victimes et au monde de la presse, je présente mes
condoléances les plus attristées. Je souhaite également prompt rétablissement
à tous les blessés de ces douloureux événements.
Je profite également de l’occasion pour réitérer nos condoléances aux familles
des journalistes maliens décédés en 2015.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Au cours de l’année 2015, la liberté d’expression chèrement acquise au prix du
sang a été fortement chahutée dans notre pays par les plus hautes autorités de
notre pays qui n’ont pas hésité à s’en prendre nommément à un dirigeant de
l’opposition à tort et dans des termes empreints de menaces. Notre vigoureuse
réaction, votre prompte désapprobation, l’indignation citoyenne de nos
compatriotes ont démontré l’indéfectible attachement du peuple malien aux
valeurs fondatrices de notre démocratie.

Mesdames, Messieurs
Je ne me lasserai jamais de rappeler que les valeurs fondatrices de l’URD sont
enracinées dans son attachement indéfectible à la République, à la Démocratie,
à l’état de droit, à la justice et à l’égalité citoyenne. C’est pourquoi,
l’opposition républicaine ne cessera jamais de dénoncer les dérives qui
menacent dangereusement les fondements et les valeurs de notre République. Nos
voix sont souvent étouffées par la censure des médias publics mais entendues
quand même, grâce à vos plûmes, vos ondes et grâce à vos courageuses
insistances.
Mesdames, Messieurs,
Reporters Sans Frontières nous informe que le Mali s’est classé en 2015,
118eme sur 180 en matière de respect de la liberté de la presse. Ce rang n’est
pas digne de notre pays quand on sait qu’il y a 6 ans seulement nous occupions
la 26eme position sur 173 pays évalués.
Vous avez alerté ! Vous avez, avec nous, dénoncé toutes les dérives
(corruption-concussion – gabegie financière-mensonges) qui caractérisent la
gouvernance actuelle de notre pays. Nous vous invitons à conjuguer nos efforts
pour surmonter les obstacles qui se dresseront devant nous.
Une presse de qualité, disposant de moyens adéquats et de personnels bien
formés est un gage de saine information.
C’est pourquoi l’inscription budgétaire pour 2016 de l’aide à la presse de 190
millions de francs CFA dont 90 millions logés à la Présidence de la République
et 100 millions à votre département de tutelle nous laisse perplexe quant à la
sincérité et à la transparence de l’utilisation de cette aide.

Mesdames Messieurs,
En 2015 comme en 2014, la déception est grande pour notre peuple face aux
promesses non tenues sur le plan de la sécurité, du retour de la paix, de
l’amélioration des conditions de vie et de l’emploi des jeunes.
Sur le plan sécuritaire en 2015, au moins 346 personnes ont été tuées au cours
d’une centaine d’incidents. Depuis le 20 juin, date de signature de l’accord
d’Alger au moins 170 personnes sont mortes au cours de 44 affrontements armés.
Du nord au sud de notre pays, l’insécurité s’est installée de façon presque
permanente, la peur a gagné nos campagnes et nos villes.
Le 20 novembre 2015, l’attaque de l’hôtel Radisson au cœur de Bamako, notre
capitale, en plein jour, est venue brutalement mettre à nu notre
vulnérabilité, par le laxisme dans la gestion sécuritaire et l’extrême
dénuement de nos forces de défense et de sécurité.
Notre parti, l’URD, prône la paix, la justice et rejette toute forme de
violence comme moyen d’expression, condamne fermement le terrorisme sous
toutes ses formes, le trafic de drogues et toutes criminalités en bandes
organisées dans notre pays.
Je profite de l’occasion pour m’incliner une fois de plus devant la mémoire
des victimes civiles et militaires maliennes, africaines et étrangères qui ont
perdu la vie sur le sol malien en défendant notre souveraineté et l’intégrité
de notre territoire.

L’URD, remercie tous les partenaires et amis du Mali notamment la MINUSMA,
l’opération Barkhane pour les efforts inlassables consentis pour la
stabilisation et la sécurisation de notre pays.
Notre parti, l’URD, s’est toujours inquiété de la détérioration de la
situation sécuritaire sur toute l’étendue du territoire national et a toujours
exigé du Gouvernement plus d’efforts pour doter nos forces armées et de
sécurité en équipements adéquats leur permettant d’assurer efficacement leurs
missions de protection des personnes et de leurs biens.

L’URD recommande à la communauté internationale d’accélérer le processus de
cantonnement et de désarmement des groupes armés du Nord et l’exhorte à
poursuivre ses efforts de sécurisation et de stabilisation du Mali aux côtés
de nos forces armées et de sécurité.

L’URD rappelle la nécessité impérieuse de bâtir une armée forte,
professionnelle, et républicaine capable de garantir de manière durable la
sécurité et l’intégrité du territoire National.
La mise en œuvre scrupuleuse et transparente de la loi de programmation
militaire votée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale est d’une ardente
nécessité.

En ce qui concerne le processus de paix, nous avons dénoncé en son temps
l’attitude solitaire et suicidaire du gouvernement. Nous avons redouté la
signature d’un accord dont l’application entrainerais le pays vers une autre
crise. Nous ne sommes pas loin d’un tel scénario aujourd’hui dans la mesure où
les formats et les calendriers ne sont pas tenus, la confiance se fait
attendre et nous sommes devenus tributaires des évènements. L’histoire nous
donne malheureusement raison :

\- le cantonnement n’est toujours pas effectif;
\- le comité de suivi piétine;
\- l’administration n’est toujours pas de retour;
\- des milliers d’enfants sont privés d’école;
\- les centres de santé ne fonctionnent pas;
\- les réfugiés tardent à regagner leur foyer.
Quant à la gouvernance, que dire de plus ? Nous continuons à dénoncer avec
force :
\- le pilotage à vue sans cap ni vision;
\- les scandales financiers à répétition;
\- l’impunité érigée en système;
\- la politisation de l’administration;
\- la caporalisation des médias d’État;
\- le népotisme et la patrimonialisation des moyens de l’État;
\- la gestion chaotique du drame de Mina;
\- les démolitions spectaculaires de maisons en plein hivernage;
\- la gestion désastreuse des logements sociaux.

Les récentes grèves des banquiers, des travailleurs de l’ORTM et des
enseignants illustrent, si besoin en était, un malaise social grandissant.
Comment aimer son pays et se taire devant de telles dérives ?
Non, aucun patriote digne de ce nom ne peut et ne doit se taire. C’est
pourquoi, vous, hommes et femmes de presse et de média, et nous, de
l’opposition, avons l’ardente obligation de dénoncer cette mal gouvernance.
Les discours d’autosatisfaction prononcés ça et là, au delà des promesses
toujours renouvelées et jamais tenues, la réalité, celle vécue au quotidien
par les maliennes et les maliens est de plus en plus intenable et le cri des
habitants de Mandjakui et de Bla est celui de tous nos concitoyens des
campagnes et des villes.
La cacophonie autour de la communication gouvernementale sur l’État d’urgence
a finalement été le cadeau désastreux de fin d’année offert aux maliens pour
boucler une année noire.
Par ailleurs, l’URD et toute la communauté nationale et internationale
attendent toujours la suite judiciaire réservée aux nombreux scandales de
corruption révélés en 2014 et auxquels sont venus s’ajouter ceux de 2015
(engrais frelatés, tracteurs surfacturés, logements sociaux non attribués aux
ayant-droits…).
Bref ! Le Pays est malade, malade de sa gouvernance, toutes choses qui
plongent notre économie dans une dangereuse léthargie.
Voilà la situation catastrophique dans laquelle la politique du Président de
la République et de son Gouvernement a plongé le Mali.
S’agissant du chômage des jeunes, cette gangrène mortifère continue de ronger
notre tissu social poussant nos jeunes à tenter l’aventure vers des horizons
lointains qu’ils n’atteignent souvent jamais, emportés par les flots des
océans hostiles. Qui ne se souvient pas de la cinquantaine de maliens
ressortissants de la première région qui ont péri en avril 2015 aux larges des
côtes Italiennes ?

Mesdames, Messieurs,
Le processus de réconciliation nationale doit enfin être conduit avec plus de
vigueur.
La nouvelle Commission Vérité, Justice et Réconciliation installée doit être
dotée de tous les moyens adéquats afin de faire face à sa mission.

Mesdames, Messieurs,
Je profite de votre tribune pour réitérer mes félicitations et encouragements
aux différentes équipes sportives nationales de jeunes qui se sont distinguées
sur la scène africaine et mondiale au cours de l’année écoulée.

Mesdames, Messieurs,
Comme on peut le constater, l’année 2015 a été l’année de la déception et de
la désillusion.
Ce tableau presque catastrophique de notre pays ne doit pas nous faire perdre
de vue que notre peuple aspire à la paix, à la quiétude dans la solidarité et
le partage.
Chaque jour, des Maliennes et des Maliens de l’intérieur comme de la Diaspora
se battent pour réussir. Beaucoup de femmes et de jeunes triment pour subvenir
à leurs besoins essentiels.
Je salue ce courage et cette volonté que doivent accompagner les autorités.
Notre peuple a les ressorts pour rebondir pourvu qu’il voie le bon exemple et
bénéficie du coup de pouce salvateur.
Au-delà des difficultés réelles, j’entrevois donc le courage, la foi,
l’engagement et l’optimisme de nos compatriotes.

À l’URD, nous lutterons pour la satisfaction des aspirations de notre peuple.
C’est notre credo, c’est notre mission, nous les assumerons inch Allah,
jusqu’au bout !
C’est pourquoi, nous invitons le Président de la République et son
Gouvernement à mieux tenir le gouvernail du bateau Mali en constante
perdition. Pour ce faire, nous leur suggérons :

\- d’instaurer un véritable dialogue Républicain autour des sujets d’intérêt
national;
\- d’assainir la gestion des fonds publics, en général, et l’attribution des
marchés publics en particulier;
\- de faire en sorte que la corruption, l’indiscipline budgétaire et les
détournements soient sanctionnés conformément aux textes en vigueur;
\- de rendre désormais transparents les travaux de la commission d’attribution
des logements sociaux;
\- de mettre immédiatement et définitivement fin aux dépenses de prestige;
\- de renforcer les moyens des forces de sécurité;
\- de porter le montant total de l’aide à la presse à un seul niveau comme ce
fut toujours le cas et d’envisager une augmentation sensible pour les
prochains exercices;
\- d’élaborer enfin une véritable politique de formation et d’emploi des
jeunes par la multiplication et la décentralisation des centres
d’apprentissage aux métiers de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de
l’artisanat ;
\- de rendre effective la récente loi sur le genre.

De nombreuses réformes sont envisagées par le Gouvernement cette année. La
relecture de la loi électorale et la loi portant charte des partis a commencé.
De par vos plumes et vos ondes, je demeure convaincu que vous assurerez la
libre circulation des idées qui contribueront à offrir à notre pays un cadre
institutionnel et législatif du processus électoral respectueux des
préoccupations des populations.

Mesdames, Messieurs de la presse et des médias,
Une presse libre est la condition d’une démocratie vivante et respectueuse de
ses citoyens. Votre crédibilité dépend de votre liberté et de votre
indépendance.
Retenez que le 4ème pouvoir que vous représentez ne doit en aucune façon être
inféodé à la majorité ou à l’opposition.
Nous nous félicitons de la mise en place effective de la Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Puisse t-elle contribuer au
confort de notre démocratie en faisant de la presse et des médias une tribune
de débats d’idée, de formation et d’éducation, exempte d’invectives et
d’injures.

A toutes et à tous je souhaite une bonne et heureuse année 2016.
Je vous remercie de votre aimable attention.

Le Président de l’URD

Honorable Soumaïla CISSÉ
Grand Officier de l’Ordre National