Assemblée nationale : l’honorable Soumaila Cisse

Source
Facebook, Soumaïla Cissé
Date
19 juin 2014

Chères amies, chers amis,

Voici le texte dans son intégralité de mon intervention de ce matin à
l’Assemblée Nationale au cours des débats ayant précédé le vote de la mention
de censure déposée vendredi dernier par le groupe d’opposition parlementaire
Vigilance Démocratique et Républicaine (VRD).

………………

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,

Honorables Députés,

Mesdames et Messieurs,

Notre Nation est meurtrie.
Notre République est affaiblie.
Notre pays est humilié.
Notre État dépérit progressivement.
Notre peuple se désespère chaque jour tant son quotidien est dur et
insoutenable.

C’est pourquoi, nous avons, ce matin, Monsieur le Premier Ministre, un devoir
particulier.

Ce devoir s’impose à vous comme à nous : celui de faire de ce débat :

• un moment de vitalité de notre démocratie ;
• un moment d’écoute de l’opposition pour tirer d’elle les idées utiles pour
la nation toute entière.

Non, les hommes et les femmes de l’opposition ne sont ni des apatrides ni des
comploteurs.

Nous aimons notre cher pays le Mali.

Cet amour de notre Maliba est aussi authentique, aussi profond et puissant que
celui que vous revendiquez.

L’amour de notre Maliba est aussi sincère, aussi partagé et manifesté que
celui que vous déclamez.

N’en doutez pas, n’en doutez jamais, ce serait nous insulter !

Chaque Malien, d’où qu’il soit et qui qu’il soit, chérit et défend sa patrie,
avec la même énergie lorsqu’elle est menacée, avec la même conviction de son
unité et la même vision de sa souveraineté lorsqu’elle forge son destin.

Nous sommes des patriotes fidèles aux valeurs de la République, loyaux envers
ses institutions.

N’en doutez pas, n’en doutez jamais ; ce serait nous offenser !

Nous aimons notre pays, c’est pourquoi nous animons une opposition
républicaine et démocratique ici, à l’Assemblée Nationale, en travaillant
chaque jour à constituer une alternative crédible à la politique tant décriée
que vous menez.

Monsieur le Premier Ministre, je suis persuadé que vous ne considérez pas le
débat sur cette 2ème motion de censure de notre ère démocratique avec légèreté
et mépris.

Vous savez que c’est une occasion importante pour informer le peuple malien
sur la situation préoccupante de notre pays.

Vous conviendrez avec moi que c’est de cela qu’il s’agit.

Aussi, croyez-moi, je ne viens pas à cette tribune le cœur léger.

J’y viens, habité par la tristesse née de l’humiliation subie par notre peuple
et de l’affaiblissement de notre démocratie et de notre république.

Je ne viens pas vous dire que  » nous avions raison, que nous vous avions
prévenu ».

Non, je viens au nom de l’opposition vous dire de nous écouter, d’écouter les
sanglots d’un peuple qui souffre, d’un peuple humilié, d’un peuple qui
s’interroge sur son avenir.

N’ayez pas la certitude d’être toujours seul dans le vrai parce que vous
risquez de nous entraîner tous dans l’abîme.

Il n’est pas pire poison mortel que l’indifférence.

Non, le sort du pays ne regarde pas que vous seul !

Non, la liberté et la souveraineté du pays ne sont pas entre vos seules mains.

À trop vouloir démentir tel acte ou telle parole, on risque de mentir.
Dites la vérité à notre peuple. Il en a déjà trop entendu.

Le débat, même contradictoire, au Parlement vaut mieux que la révolte fomentée
dans la rue.

Être de la majorité, ne fait pas de quelqu’un un saint, être de l’opposition
ne fait pas non plus de quelqu’un une canaille…

Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs,

Nous devons nous élever ensemble, au nom du peuple, contre les apprentis-
sorciers qui ont enflammé le Nord de notre pays et, qui ont, non seulement
créé les conditions d’abandon puis d’assassinats sauvages de nos compatriotes,
mais aussi généré des combats meurtriers qui ont fauché lourdement notre
jeunesse militaire et humilié notre armée.

Notre armée, dont nous savons tous qu’elle se reconstruit avec vaillance et
conscience, devait-elle être envoyée dans la précipitation et l’imprécision «à
la boucherie» ?

Monsieur le Premier Ministre,

Beaucoup trop de morts et de blessés sur la déjà trop funeste liste des
victimes tombées pour la patrie.

Kidal n’est pas libérée.
L’administration a abandonné la région.
Les populations ne sont plus sécurisées.
Les trafics mafieux fleurissent.
Les groupes terroristes réunissent leurs forces.
Nous avons perdu l’initiative.
L’état d’insécurité est généralisé dans tout le pays comme l’atteste la
dernière séance des questions d’actualité à l’Assemblée Nationale.
La réconciliation nationale et le retour définitif des réfugiés dans leurs
terroirs, se font attendre.
L’école dans tous ses compartiments va de plus en plus mal.
L’université n’existe que de nom.
Notre jeunesse s’interroge sur son avenir : elle est en quête permanente
d’emplois.
Les inégalités envers les femmes sont criardes.
La confiance de nos partenaires économiques et financiers s’étiole.
La dette intérieure reste très élevée.
L’investissement se fait rare.
Le panier de la ménagère est troué de toutes parts.
Les dépenses extrabudgétaires sont massives.
La mal-gouvernance est insolente.
La corruption gagne du terrain.
La gestion des finances publiques est calamiteuse.
Les inégalités sociales s’accentuent…

Aujourd’hui,

Nos concitoyens sont choqués, abasourdis par tout ce qui leur arrive en si peu
de temps ; eux qui avaient rêvé de lendemains meilleurs, qui avaient repris
espoir, quand brusquement l’horizon s’est bouché et l’espoir a fondu au soleil
de la mauvaise gestion, des scandales à répétition, des dépenses somptuaires,
de l’insécurité et des incertitudes économiques et sociales.

Nos concitoyens sont orphelins, non d’avoir perdu père et mère, mais d’avoir
perdu l’espoir comme le dit un proverbe malien.

LA RUE GRONDE DE COLÈRE !
L’INQUIÉTUDE SE LIT SUR LES VISAGES !

OÙ VA LE MALI, Monsieur le Premier Ministre ?

Les Maliens ont besoin que soient apportées des réponses appropriées et justes
à toutes ces questions.

Une lettre de cadrage politique définissant une vision claire prenant en
compte les insuffisances constatées peut nous sortir de la léthargie dans
laquelle notre pays se trouve actuellement.

Sur la base de cette lettre de cadrage, un plan gouvernemental sera soumis
diligemment au parlement pour approbation.

Pendant que vous avez encore en charge les affaires du pays, prêtez une
oreille attentive aux critiques de l’opposition, à ses suggestions et
propositions afin d’éviter à notre pays les impasses dans lesquelles vous êtes
entrain de l’entraîner.

Le dialogue républicain (et nous nous félicitons que le Chef de l’Etat l’ait
amorcé il y’a quelques jours : mieux vaut tard que jamais !), le dialogue
républicain n’est ni reniement ni compromission.

Quand l’intérêt supérieur du Mali l’exige, sachons nous élever à hauteur de
patriotisme afin que seul triomphe le Mali.

Nous sommes à l’opposition, nous restons à l’opposition, nous le revendiquons,
l’assumons et en sommes fiers.

Nous ne cherchons ni n’attendons une quelconque faveur, ni individuellement,
ni collectivement.

Que nul ne se méprenne sur le sens de notre démarche et je répète :
QUE NUL NE SE MÉPRENNE SUR LE SENS DE NOTRE DÉMARCHE !

Le dépôt d’une motion de censure est un acte républicain prévu par notre
Constitution qui permet aujourd’hui ce débat que, nous l’espérons, sera fort
utile dans la situation incertaine que traverse notre pays.

Aucun patriote ne peut rester insensible à cette situation à moins de vouloir
croire qu’il peut cacher le soleil avec sa main.

Aucun responsable politique ou simple citoyen, homme ou femme, jeune ou vieux,
de tous bords politiques, aucun ne peut se déclarer aujourd’hui satisfait de
la situation sécuritaire économique et sociale de notre pays.

Nous sommes donc tous interpellés à la mesure de nos responsabilités
respectives et aussi de nos ambitions pour le Mali.

Notre devoir aujourd’hui dans l’opposition républicaine est de tirer la
sonnette d’alarme, de vous obliger à regarder la situation en face avec
lucidité, discernement et objectivité, d’écouter nos critiques et suggestions
sans œillères ni dogmatisme pour redresser la barre car si « l’erreur est
humaine, persévérer est diabolique » et que Dieu nous en préserve !

Nous prenons, aujourd’hui et ici, notre peuple à témoin afin qu’un jour l’on
ne dise pas que toute la classe politique était complice active ou passive de
vos fautes et de vos errements !

Notre état d’esprit est simplement résumé dans cette maxime :
« Si tu as une mangue, que j’ai une mangue, et que l’on échange nos mangues,
nous aurons chacun une mangue. Mais si tu as une idée, que j’ai une idée et
que l’on échange nos idées, nous bénéficions chacun de deux idées ».

Nous vous demandons d’échanger afin de mettre la résultante de nos bonnes
idées au service de notre nation.

Une grande nation comme le Mali ne se suicide pas ni se laisse mourir.

Au plus profond de nous-mêmes nous finirons, quand tout semble perdu, par
retrouver l’énergie de rebondir.

Plus long est le calvaire et plus profonde la chute, plus forte sera l’énergie
qui va propulser notre pays le Mali hors du trou où il est tombé.

Cette renaissance de notre nation, cette refondation de notre État, cette
remobilisation de notre peuple pour retrouver notre gloire d’antan, c’est cela
notre souhait, c’est cela notre conviction.

Vive la République
Vive la Démocratie
Pour que vive LE MALI UNI FORT ET FIER.

Je vous remercie.